FRAGILES FABULAE

Dans son nouveau projet, Žilda nous donne à voir des mythes puissants, ayant traversé un espace-temps considérable avant qu’il ne les fragilisent lors de ce glissement de la toile ou du livre au papier journal et à la rue. Ces mythes, ces fables, ces histoires, il les emprunte à une iconographie hétérogène et dense, de la tragédie grecque aux légendes celtiques, de la Bible à la mythologie latine et aux faits divers des journaux du XIXème siècle…
Ré-ouvrant cet imaginaire et nos imaginaires, il réinterprète par une technique mêlant dessin et esquisse des peintures de Murillo, du Corrège, de Prud'hon, de Bouguereau, de Füssli et d'autres, que l'histoire de l'art n'a pas retenues, Carlos Schwabe, Sascha Schneider, Elihu Vedder, toutes ces oeuvres ayant en commun une même puissance dans l'évocation de la passion et du tourment, à travers les thèmes de la solitude, de la mélancolie, du deuil, de la folie : « le beau est toujours bizarre ».
En installant ensuite la peinture dans la rue, le thème « classique » bascule dans l'espace moderne, et la photo vient fixer la lumière et capter la texture et la composition des murs. L'oeuvre s'envisage comme métissage des pratiques et des matières, dans ce tableau photographique où les frontières entre mise en scène et réalité sont déplacées. L'art de rue devient ce lieu où se mêlent peinture, scénographie et photographie.
L’espace quotidien et public s’étrangéifie au contact de ce réalisme infusé d’un romantisme sombre et cruel, teinté de fantastique; le temps, lui, se construira au fil des passants, dans leurs regards affabulateurs et dans la lente destruction d’une œuvre qui peu à peu s’efface.
Lubna S.

Opus Délits # 55 : ŽILDA - Fragiles Fabulae

criteres editionsouvrage bilingue français / anglais - CRITERES EDITIONS
Textes : Chrixcel 
                                                                                                        

Deux anges aux drapés sensuels et surannés s’embrassant au détour d’une rue napolitaine, une sirène s’échappant d’un navire échoué à Lorient… les oeuvres du street-artiste Žilda nous envoutent en puisant leur émotion dans des thèmes tragiques et nous étonnent par leur apparent anachronisme. Inspiré par la mythologie, la littérature, le cinéma, les fables ou encore les peintres de la Renaissance, Žilda réinterprète les classiques tout en jouant avec le décor offert par la ville contemporaine. Son travail se déroule en plusieurs étapes : en bibliothèque, à la recherche d’œuvres à sortir de l’ombre ; en rues, qu’il arpente des heures à la recherche du lieu idéal ; en atelier, pour ses dessins préparatoires et la réalisation d’affiches peintes. Mais ce n’est qu’à son retour dans la rue, lorsque le papier épouse l’aspérité du mur et l’espace urbain, après qu’une pomme ou un tas de détritus sont ajoutés à la composition, que la scénographie prend tout son sens et que l’œuvre de Žilda sera fixée par une image.
Amour, mélancolie, beauté, tentation, l’artiste Žilda donne la réplique à des oeuvres classiques, plutôt méconnues, pour les faire renaître à l’air libre. Il déploie ainsi un univers entre la mythologie et la fantaisie pour le simple plaisir de parler d’Art.