FRAGILES FABULAE
Dans son nouveau projet, Žilda nous donne à voir des mythes puissants, ayant traversé un espace-temps considérable avant qu’il ne les fragilisent lors de ce glissement de la toile ou du livre au papier journal et à la rue. Ces mythes, ces fables, ces histoires, il les emprunte à une iconographie hétérogène et dense, de la tragédie grecque aux légendes celtiques, de la Bible à la mythologie latine et aux faits divers des journaux du XIXème siècle…
Lubna S.
Ré-ouvrant cet imaginaire et nos imaginaires, il réinterprète par une technique mêlant dessin et esquisse des peintures de Murillo, du Corrège, de Prud'hon, de Bouguereau, de Füssli et d'autres, que l'histoire de l'art n'a pas retenues, Klinger, Jettmar, Vedder, Kämmerer, toutes ces oeuvres ayant en commun une même puissance dans l'évocation de la passion et du tourment, à travers les thèmes de la solitude, de la mélancolie, du deuil, de la folie : « le beau est toujours bizarre ».
En installant ensuite la peinture dans la rue, le thème « classique » bascule dans l'espace moderne, et la photo vient fixer la lumière et capter la texture et la composition des murs. L'oeuvre s'envisage comme métissage des pratiques et des matières, dans ce tableau photographique où les frontières entre mise en scène et réalité sont déplacées. L'art de rue devient ce lieu où se mêlent peinture, scénographie et photographie.
L’espace quotidien et public s’étrangéifie au contact de ce réalisme infusé d’un romantisme sombre et cruel, teinté de fantastique; le temps, lui, se construira au fil des passants, dans leurs regards affabulateurs et dans la lente destruction d’une œuvre qui peu à peu s’efface.Lubna S.

Žilda et l’art éphémère de la rue
Il cache son visage sous un
masque, marche incognito dans les rues de Paris, Rome, Belgrade, bientôt
celles de Hambourg. Žilda, un nom d’emprunt, serait le nouveau Banksy
français, murmure-t-on dans la presse italienne. Žilda est l’étoile
montante dans le firmament du street art européen.
L’artiste,
originaire de Rennes, vient de passer quelques mois à Naples, où ses
créations, des dessins et peintures grand format sur papier, ont défrayé
la chronique : anges, démons, filles morbides. La
nuit, il dépose des représentations mythiques dans des espaces urbains
où l’effet est garanti, par exemple au beau milieu d’ordures ménagères
en plein Naples.
Les titres qu’il leur donne sont chargés de
poésie, comme « L’espoir éveille le cœur blessé ». Il copie les amants
du tableau « Amour de Phrosine et Mélidore » et colle sa reproduction
dans un port à un endroit où la marée les inondera. Ou peint des sirènes
sur une épave de bateau, ou encore la poétesse Sappho sur un phare au
fin fond de la Bretagne.
A Naples, il choisit pour ses œuvres
classiques les coins les plus laids, accroche des peintures de la
Renaissance et du baroque français dans des rues passantes, des dessins
inspirés de gravures et d’illustrations du XVIIIe siècle sur des
parkings de supermarchés. Ruptures, visions insolites, en un mot :
street art ! Žilda utilise la ville comme galerie et comme atelier. METROPOLIS l’a suivi à Naples.
Stefanie Appel
METROPOLIS : BONUS WEB ŽILDA
“D'octobre 2011 à juin 2012, Žilda exporte à Naples son projet « Fragiles Fabulae ». La cité parthénopéenne devient un enfer habité par des anges blessés ; qui sait ce qui leur est arrivé mais quel meilleur endroit pour soigner leurs blessures ! Onze installations de papier, d’huile et d’acrylique qui revisitent et contextualisent des tableaux chers à l’artiste ; onze installations pour une esthétique de la déambulation, de l’aube au crépuscule, de la ville haute au port, du sombre ventre à la périphérie brûlée de lumière, une déambulation emportée par la torpeur effrénée et l’énergie circulaire de la ville. Onze mises en scène pour une politique du tragique et de la sensualité des corps dans la capitale de Pulcinella, de son génie comique et ambigu.”
Lubna S.














