FRAGILES FABULAE

Dans son nouveau projet, Žilda nous donne à voir des mythes puissants, ayant traversé un espace-temps considérable avant qu’il ne les fragilisent lors de ce glissement de la toile ou du livre au papier journal et à la rue. Ces mythes, ces fables, ces histoires, il les emprunte à une iconographie hétérogène et dense, de la tragédie grecque aux légendes celtiques, de la Bible à la mythologie latine et aux faits divers des journaux du XIXème siècle…
Ré-ouvrant cet imaginaire et nos imaginaires, il réinterprète par une technique mêlant dessin et esquisse des peintures de Murillo, du Corrège, de Prud'hon, de Bouguereau, de Füssli et d'autres, que l'histoire de l'art n'a pas retenues, Carlos Schwabe, Sascha Schneider, Elihu Vedder, toutes ces oeuvres ayant en commun une même puissance dans l'évocation de la passion et du tourment, à travers les thèmes de la solitude, de la mélancolie, du deuil, de la folie : « le beau est toujours bizarre ».
En installant ensuite la peinture dans la rue, le thème « classique » bascule dans l'espace moderne, et la photo vient fixer la lumière et capter la texture et la composition des murs. L'oeuvre s'envisage comme métissage des pratiques et des matières, dans ce tableau photographique où les frontières entre mise en scène et réalité sont déplacées. L'art de rue devient ce lieu où se mêlent peinture, scénographie et photographie.
L’espace quotidien et public s’étrangéifie au contact de ce réalisme infusé d’un romantisme sombre et cruel, teinté de fantastique; le temps, lui, se construira au fil des passants, dans leurs regards affabulateurs et dans la lente destruction d’une œuvre qui peu à peu s’efface.
Lubna S.

ŽILDA EXPOSITION - URBAINES 2015 # ANTIPODE

                  Lieu : Antipode / Entrée libre

Voilà près de 10 ans que le street artist  Žilda promène son spleen dans les rues de Rome, Lisbonne, Naples ou Belgrade. Aujourd’hui, il pose ses valises à Rennes, la ville de ses débuts. C'est l’occasion de se plonger dans son parcours, ses visions urbaines, ses personnages ailés, blessés, ses allégories sensuelles qui envahissent les murs et nos imaginaires.
Photographies et dessins préparatoires permettront de découvrir la richesse de son travail.

Journal Télévisé - France 3 Bretagne
Reportage du Ven. 20 fev. 2015

" J'ai peint un réverbère..."

                                                             à François Villon


" J'ai peint un réverbère
En train de pisser sur un chien jaune
Une allée de feux rouges
Au garde-à-vous
Un sac poubelle
Sur la couronne du Christ
Et la route céleste
Au fond d'un caniveau
Ma Muse éteinte cafardise
Douze flaques grimaçantes
Et pourtant j'avance
Je croise les doigts
Sur l'hécatombe des godets accumulés
Et je prie pour qu'il y en ait d'autres
Un exécuteur hurle à la fenêtre
Et je continue de marcher à l'envers
A descendre les oiseaux
Des arbres
Pour les faire envoler
Dans mes mains. "

ŽILDA - "Naples, L'Absurde et la Grâce" [ NEW FILM ]




" Peut-on dire d’une ville qu’on la connaît ? A fortiori d’une ville-monde telle que Naples ? Žilda a arpenté les rues de Naples de long en large, il en a épuisé le moindre recoin. Dans l’église abandonnée Sacro Tempio della Scorziata, sur une porte rouillée de la Via Pedamentina San Martino, dans une impasse de la Sanita, sur le toit d’un immeuble du quartier du port… Une femme énigmatique, deux femmes qui se visitent ou une nonne dénudée… Une Meditazione, une Rinunciazione, une Visitazione… Loin du street-art, Žilda ne jette pas des propositions sur les murs, mais des pièces uniques, des peintures reprenant des tableaux oubliés, des peintres oubliés ; des pièces uniques conçues pour un lieu particulier de la ville. Žilda dialogue avec la ville et ses habitants, il en sonde la psychè, tissant un lien entre un monde ancien et la rumeur actuelle qui l’anime ; il crée une géographie intime de la ville, une connexion avec elle et ses habitants, qu’il faut sans cesse renouveler. Parce que l’art est mystère, un écho et une interrogation, parce que l’art, par essence, est à la fois éphémère et intemporel. Parce que la ville est toujours et jamais la même, parce que les murs parlent et que leurs paroles sont sans cesse recouvertes d’autres paroles, parce qu’à telle heure de la journée, à telle saison, un ange dans une impasse s’éveille le temps d’un rayon de soleil, parce que la nuit recouvre les marches qui descendent depuis San Martino vers les quartiers espagnols.  Parce que la femme énigmatique est à présent plongée dans le noir, enfermée dans le Sacro Tempio della Scorziata, alors que son souvenir continue de hanter ceux sur qui elle a posés les yeux. Et que ce souvenir convoque ceux des autres œuvres de Žilda, qui ont fait, font et feront, corps avec Naples."

Pierre Antoine Susini

"La Chevelure" (NAPLES)

"J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts."

Charles Baudelaire